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Vue de Rome

Le Rhin se jette dans le vide

Le Chemin synodal allemand, vers une Eglise nationale indépendante et schismatique ?

Le rapport « MHG »

La Conférence épiscopale allemande (Deutsche Bischofskonferenz, DBK) a commandé entre 2014 et 2018 une large étude auprès des trois universités de Mannheim, Heidelberg et Giessen, dite « étude MHG ». Menée par des chercheurs de toutes spécialités (psychiatres, criminologues, sexologues…), non catholiques et indépendants, l’étude portait sur la recherche de causes systémiques aux abus sexuels dans l’Eglise, afin de traiter le problème en Allemagne.townscape 5584820 1920 pixabay r

Partant de l’a priori que les abus sexuels trouvent dans la structure même de l’Eglise un terrain favorisant, le rapport MHG met « scientifiquement » en lumière trois causes principales aux déviances : le pouvoir clérical, la morale sexuelle culpabilisante et l’imposition du célibat sacerdotal.

La DBK s’est attelée dès 2018 à l’étude de ce rapport, ce qui aboutit en mars 2019 à l’annonce d’un événement spécial par son président d’alors, le cardinal Reinhard Marx : le Chemin synodal.

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Une année pour Saint Joseph

8 décembre 2020 - 8 décembre 2021

2020 a marqué le 150e anniversaire de la proclamation du chef de la Sainte Famille comme Patron de l’Eglise universelle. A cette occasion le pape François lui dédie une année spéciale dans sa lettre apostolique Patris corde (Avec un cœur de père) du 8 décembre 2020.

A l’origine, un acte du Pape Pie IX

Le 8 décembre 1870, poussé par la situation de l’Eglise attaquée de toutes parts, Pie IX proclamait solennellement saint Joseph Patron de l’Eglise universelle :

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Fratelli Tutti (tous frères)

La nouvelle encyclique du pape François est sous-titrée «sur la fraternité universelle et l’amitié sociale» : comme à l’accoutumée, des constats non dénués de fondement mais des solutions humanistes, très éloignées de l’enseignement traditionnel de l’Eglise. Inquiétant à plus d’un titre…

Le 3 octobre 2020, le pape François a signé à Assise la troisième encyclique de son pontificat, intitulée Fratelli Tutti (tous frères). Adressée non seulement aux chrétiens, mais aussi à toute personne de bonne volonté, elle se focalise sur la dimension universelle de la fraternité et de l’amitié sociale. Le Saint-Père s’inspire des nombreuses interventions dans lesquelles il a déjà évoqué ce sujet, spécialement la déclaration cosignée avec le grand imam d’al-Azhar, Ahmad el-Tayeb, lors de la rencontre «Fraternité Humaine» du 4 février 2019. Il se dit aussi particulièrement «stimulé par saint François d’Assise, et également par d’autres frères qui ne sont pas catholiques : Martin Luther King1, Desmond Tutu2, Mahatma Mohandas Gandhi3 et beaucoup d’autres encore»4.

Les Droits de l’Homme comme référence, la dignité de la personne humaine comme vérité transcendante

Fratelli Tutti rPrenant pour référence la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, le pape regrette sans détour que «l’égale dignité de tous les êtres humains, solennellement proclamée il y a soixante-dix ans, [ne soit pas] véritablement reconnue, respectée, protégée et promue en toute circonstance»5. Selon lui, c’est pourtant par l’obéissance à cette vérité transcendante que l’homme acquiert sa pleine identité, et c’est ce principe sûr qui garantit des rapports justes entre les hommes. Aussi place-t-il tous les maux dont souffre le monde «dans la négation de la dignité transcendante de la personne humaine, image visible du Dieu invisible et [...] de par sa nature même, sujet de droits que personne ne peut violer [...]»6.

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Querida Amazonia - Les rêves du pape François

Le synode sur l’Amazonie, tenu du 6 au 27 octobre 2019 au Vatican, devait donner lieu à la publication d’une exhortation apostolique du pape François se prononçant sur ses conclusions. Le document de 32 pages, baptisé Querida Amazonia, a été publié le 12 février 2020.

Dans son exhortation, le pape ne cite pas le document final du synode, pour ne pas le remplacer ni le répéter, mais il invite à le lire intégralement. Pour sa part il « souhaite exprimer les résonances qu’a provoquées en [lui] ce parcours de dialogue et de discernement » et « fournir un bref cadre de réflexion […] qui aide et oriente vers une réception harmonieuse, créative et fructueuse de tout le chemin synodal »1. Querida Amazonia est divisée en quatre chapitres, présentant les quatre rêves du pape pour l’Amazonie.

Un rêve social

Le pape insiste sur le fait que, pour être intégrale, l’écologie doit nécessairement avoir une dimension sociale. En Amazonie particulièrement, l’habitant est inséparable du cadre naturel dans lequel il vit en symbiose. Détruire ce cadre, c’est détruire le contexte culturel des populations autochtones et les pousser dans les grandes villes où elles sont privées de tous repères et livrées aux réseaux de corruption et de trafic. Il est injuste que pour le profit d’une minorité les plus pauvres soient lésés. Aussi le pape appelle-il à une profonde compréhension et au dialogue avec les populations autochtones pour éviter que la mondialisation ne se transforme « en un nouveau type de colonialisme »2. Il demande à cette occasion « humblement pardon, non seulement pour les offenses de l’Eglise elle-même, mais pour les crimes contre les peuples autochtones durant ce qu’on appelle la conquête de l’Amérique »3. « Le défi est d’assurer une mondialisation dans la solidarité, une mondialisation sans marginalisation. »4pope francis 2707203 640

Un rêve culturel

« De même qu’il y a des potentialités dans la nature qui peuvent se perdre pour toujours, la même chose peut arriver avec les cultures qui portent un message non encore écouté »5. Pour le pape, Dieu se manifeste à travers un territoire et ses caractéristiques ; aussi, les peuples qui l’habitent développent-ils un mode particulier de sagesse. Il appelle les personnes qui ont perdu le contact avec leur culture d’origine à revenir à la source et encourage la mise par écrit des traditions orales. Il reconnaît que les cultures de l’Amazonie profonde ont leurs limites mais fustige celles des cultures occidentales. Selon lui, recueillir l’expérience de vie des ethnies qui ont développé un trésor culturel en étant liées à la nature fera du bien à nos « cultures prétendument plus évoluées », rongées par le « consumérisme, l’individualisme, la discrimination [et] l’inégalité »6.

Un rêve écologique

Le pape décrit l’Amazonie comme fondamentale pour l’équilibre planétaire. Pour lui, l’utiliser sans discernement comme ressource met en danger la maison commune. A ce titre, il loue les organismes internationaux et les organisations de la société civile qui sensibilisent les populations et utilisent des systèmes de pression « légitime », pour que chaque gouvernement préserve l’environnement et les ressources naturelles de son pays. Il insiste sur l’urgence de créer un système normatif qui donne des limites infranchissables et assure la protection des écosystèmes. Enfin, s’adressant aux chrétiens, il confond en une étrange symbiose Jésus et la nature et appelle les croyants à trouver dans l’Amazonie « un lieu théologique, un espace où Dieu lui-même se montre et appelle ses enfants »7.

Un rêve ecclésial

Le pape rappelle que la spécificité propre de l’Eglise est l’annonce de l’Evangile, annonce qui implique selon lui un double mouvement : « d’une part une dynamique de fécondation qui permet d’exprimer l’Evangile en un lieu », d’autre part une dynamique de réception « qui l’enrichit de ce que l’Esprit a déjà semé mystérieusement dans [la] culture » du lieu. De cette manière, « l’Esprit Saint embellit l’Eglise, en lui indiquant de nouveaux aspects de la Révélation et en lui donnant un nouveau visage »8. Le pape appelle alors à l’inculturation la plus profonde possible et à la révision complète de la formation des prêtres, afin qu’ils acquièrent les capacités que requiert le dialogue avec les cultures amazoniennes : la pastorale avant tout.

On notera qu’il ne donne pas d’indications précises sur la future organisation de l’Eglise en Amazonie mais plutôt un cadre de réflexion. Il ne dit pas un mot de la proposition d’ordination d’hommes mariés (ni pour encourager, ni pour condamner). Il semble en effet que cette proposition du synode ne constitue pas à ses yeux la véritable solution au manque de prêtres. De son côté il va plus loin, appelant de ses vœux une Eglise moins dépendante du clergé. Il réduit l’essence de la prêtrise à deux sacrements : l’Eucharistie et la Pénitence. Tout le reste n’est pas essentiellement sacerdotal et peut donc être confié à d’autres personnes, même laïques, mention particulière faite des femmes. Il en est de même pour le pouvoir de gouvernement : « certains pensent que ce qui distingue le prêtre est le pouvoir, le fait d’être l’autorité suprême de la communauté. Mais saint Jean-Paul II a expliqué que, même si le sacerdoce est considéré comme " hiérarchique ", cette fonction n’équivaut pas à le mettre au-dessus des autres mais l’ordonne " totalement à la sainteté des membres du Christ "»9.

« Cela demande à l’Eglise une capacité d’ouvrir des chemins à l’audace de l’Esprit, pour faire confiance et pour permettre de façon concrète le développement d’une culture ecclésiale propre, nettement laïque. »10

Reste à attendre les propositions concrètes que feront les conférences épiscopales sur la base de ces réflexions. Mais sans illusion. Car, comme le soulignait il y a peu notre aumônier: « Confronté à la réalité de la chute vertigineuse des vocations et de la pratique religieuse, ce songe béat est un mensonge. Aujourd’hui comme hier, saint Paul dit aux Romains : " il est l’heure désormais de nous réveiller " (Rm 13, 11) ».

 


  1. Querida Amazonia §2
  2. Idem §14
  3. Idem §19
  4. Idem §17
  5. Idem §28
  6. Idem §36
  7. Idem §57
  8. Idem §68
  9. Idem §87
  10. Ibidem §94

     

La réforme de la curie romaine

Le 13 avril 2013, reprenant une suggestion faite au cours des Congrégations générales ayant précédé le conclave, le pape François constituait un groupe de neuf cardinaux (C9) venus du monde entier pour le conseiller dans le gouvernement de l’Eglise et étudier un projet de réforme de la curie romaine.

Le pape et la Curie avant le concile Vatican IIthe vatican rome st pierre

Le code de droit canon de 1917 rappelait que le successeur de Pierre «a le pouvoir de juridiction suprême et entier sur l’Eglise universelle, tant dans les matières qui concernent la foi et les mœurs, que dans celles qui se rapportent à la discipline et au gouvernement de l’Eglise répandue dans le monde entier1». De tous temps les papes se sont fait assister par des personnes compétentes pour le gouvernement de l’Eglise. Formellement organisée par Sixte V en 1588, la curie romaine constituait avec ses congrégations, ses conseils et ses tribunaux, l’organe par lequel le pape exerçait seul son pouvoir suprême sur l’Eglise universelle. La Sacrée Congrégation du Saint Office, gardienne de la foi et des mœurs, avait la prééminence sur toutes les autres Congrégations et était présidée par le pape lui-même.

La collégialité au concile Vatican II et les réformes qui ont suivi

En 1964 le concile Vatican II introduisait la notion de collégialité, affirmant que «L’ordre des évêques, […] lui aussi, en union avec le Pontife romain son chef, […] est le sujet du pouvoir suprême et plénier sur toute l’Eglise […]2». Rapidement le synode des évêques était institué3, tandis que le concile demandait la généralisation et le renforcement des conférences épiscopales nationales, et la réforme de la curie romaine4. Les réformes de la Curie opérées par Paul VI5 et Jean-Paul II6 ont répondu à certains souhaits du concile, mais les résistances ne permettront pas à ces deux papes d’en modifier profondément le mode de fonctionnement. Elle restera encore un organe de gouvernement centralisé, à la main du pape seul, laissant peu de place à l’exercice du pouvoir suprême par le collège des évêques en tant que tel.

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