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Vue de Rome

Querida Amazonia - Les rêves du pape François

Le synode sur l’Amazonie, tenu du 6 au 27 octobre 2019 au Vatican, devait donner lieu à la publication d’une exhortation apostolique du pape François se prononçant sur ses conclusions. Le document de 32 pages, baptisé Querida Amazonia, a été publié le 12 février 2020.

Dans son exhortation, le pape ne cite pas le document final du synode, pour ne pas le remplacer ni le répéter, mais il invite à le lire intégralement. Pour sa part il « souhaite exprimer les résonances qu’a provoquées en [lui] ce parcours de dialogue et de discernement » et « fournir un bref cadre de réflexion […] qui aide et oriente vers une réception harmonieuse, créative et fructueuse de tout le chemin synodal »1. Querida Amazonia est divisée en quatre chapitres, présentant les quatre rêves du pape pour l’Amazonie.

Un rêve social

Le pape insiste sur le fait que, pour être intégrale, l’écologie doit nécessairement avoir une dimension sociale. En Amazonie particulièrement, l’habitant est inséparable du cadre naturel dans lequel il vit en symbiose. Détruire ce cadre, c’est détruire le contexte culturel des populations autochtones et les pousser dans les grandes villes où elles sont privées de tous repères et livrées aux réseaux de corruption et de trafic. Il est injuste que pour le profit d’une minorité les plus pauvres soient lésés. Aussi le pape appelle-il à une profonde compréhension et au dialogue avec les populations autochtones pour éviter que la mondialisation ne se transforme « en un nouveau type de colonialisme »2. Il demande à cette occasion « humblement pardon, non seulement pour les offenses de l’Eglise elle-même, mais pour les crimes contre les peuples autochtones durant ce qu’on appelle la conquête de l’Amérique »3. « Le défi est d’assurer une mondialisation dans la solidarité, une mondialisation sans marginalisation. »4pope francis 2707203 640

Un rêve culturel

« De même qu’il y a des potentialités dans la nature qui peuvent se perdre pour toujours, la même chose peut arriver avec les cultures qui portent un message non encore écouté »5. Pour le pape, Dieu se manifeste à travers un territoire et ses caractéristiques ; aussi, les peuples qui l’habitent développent-ils un mode particulier de sagesse. Il appelle les personnes qui ont perdu le contact avec leur culture d’origine à revenir à la source et encourage la mise par écrit des traditions orales. Il reconnaît que les cultures de l’Amazonie profonde ont leurs limites mais fustige celles des cultures occidentales. Selon lui, recueillir l’expérience de vie des ethnies qui ont développé un trésor culturel en étant liées à la nature fera du bien à nos « cultures prétendument plus évoluées », rongées par le « consumérisme, l’individualisme, la discrimination [et] l’inégalité »6.

Un rêve écologique

Le pape décrit l’Amazonie comme fondamentale pour l’équilibre planétaire. Pour lui, l’utiliser sans discernement comme ressource met en danger la maison commune. A ce titre, il loue les organismes internationaux et les organisations de la société civile qui sensibilisent les populations et utilisent des systèmes de pression « légitime », pour que chaque gouvernement préserve l’environnement et les ressources naturelles de son pays. Il insiste sur l’urgence de créer un système normatif qui donne des limites infranchissables et assure la protection des écosystèmes. Enfin, s’adressant aux chrétiens, il confond en une étrange symbiose Jésus et la nature et appelle les croyants à trouver dans l’Amazonie « un lieu théologique, un espace où Dieu lui-même se montre et appelle ses enfants »7.

Un rêve ecclésial

Le pape rappelle que la spécificité propre de l’Eglise est l’annonce de l’Evangile, annonce qui implique selon lui un double mouvement : « d’une part une dynamique de fécondation qui permet d’exprimer l’Evangile en un lieu », d’autre part une dynamique de réception « qui l’enrichit de ce que l’Esprit a déjà semé mystérieusement dans [la] culture » du lieu. De cette manière, « l’Esprit Saint embellit l’Eglise, en lui indiquant de nouveaux aspects de la Révélation et en lui donnant un nouveau visage »8. Le pape appelle alors à l’inculturation la plus profonde possible et à la révision complète de la formation des prêtres, afin qu’ils acquièrent les capacités que requiert le dialogue avec les cultures amazoniennes : la pastorale avant tout.

On notera qu’il ne donne pas d’indications précises sur la future organisation de l’Eglise en Amazonie mais plutôt un cadre de réflexion. Il ne dit pas un mot de la proposition d’ordination d’hommes mariés (ni pour encourager, ni pour condamner). Il semble en effet que cette proposition du synode ne constitue pas à ses yeux la véritable solution au manque de prêtres. De son côté il va plus loin, appelant de ses vœux une Eglise moins dépendante du clergé. Il réduit l’essence de la prêtrise à deux sacrements : l’Eucharistie et la Pénitence. Tout le reste n’est pas essentiellement sacerdotal et peut donc être confié à d’autres personnes, même laïques, mention particulière faite des femmes. Il en est de même pour le pouvoir de gouvernement : « certains pensent que ce qui distingue le prêtre est le pouvoir, le fait d’être l’autorité suprême de la communauté. Mais saint Jean-Paul II a expliqué que, même si le sacerdoce est considéré comme " hiérarchique ", cette fonction n’équivaut pas à le mettre au-dessus des autres mais l’ordonne " totalement à la sainteté des membres du Christ "»9.

« Cela demande à l’Eglise une capacité d’ouvrir des chemins à l’audace de l’Esprit, pour faire confiance et pour permettre de façon concrète le développement d’une culture ecclésiale propre, nettement laïque. »10

Reste à attendre les propositions concrètes que feront les conférences épiscopales sur la base de ces réflexions. Mais sans illusion. Car, comme le soulignait il y a peu notre aumônier: « Confronté à la réalité de la chute vertigineuse des vocations et de la pratique religieuse, ce songe béat est un mensonge. Aujourd’hui comme hier, saint Paul dit aux Romains : " il est l’heure désormais de nous réveiller " (Rm 13, 11) ».

 


  1. Querida Amazonia §2
  2. Idem §14
  3. Idem §19
  4. Idem §17
  5. Idem §28
  6. Idem §36
  7. Idem §57
  8. Idem §68
  9. Idem §87
  10. Ibidem §94

     

La réforme de la curie romaine

Le 13 avril 2013, reprenant une suggestion faite au cours des Congrégations générales ayant précédé le conclave, le pape François constituait un groupe de neuf cardinaux (C9) venus du monde entier pour le conseiller dans le gouvernement de l’Eglise et étudier un projet de réforme de la curie romaine.

Le pape et la Curie avant le concile Vatican IIthe vatican rome st pierre

Le code de droit canon de 1917 rappelait que le successeur de Pierre «a le pouvoir de juridiction suprême et entier sur l’Eglise universelle, tant dans les matières qui concernent la foi et les mœurs, que dans celles qui se rapportent à la discipline et au gouvernement de l’Eglise répandue dans le monde entier1». De tous temps les papes se sont fait assister par des personnes compétentes pour le gouvernement de l’Eglise. Formellement organisée par Sixte V en 1588, la curie romaine constituait avec ses congrégations, ses conseils et ses tribunaux, l’organe par lequel le pape exerçait seul son pouvoir suprême sur l’Eglise universelle. La Sacrée Congrégation du Saint Office, gardienne de la foi et des mœurs, avait la prééminence sur toutes les autres Congrégations et était présidée par le pape lui-même.

La collégialité au concile Vatican II et les réformes qui ont suivi

En 1964 le concile Vatican II introduisait la notion de collégialité, affirmant que «L’ordre des évêques, […] lui aussi, en union avec le Pontife romain son chef, […] est le sujet du pouvoir suprême et plénier sur toute l’Eglise […]2». Rapidement le synode des évêques était institué3, tandis que le concile demandait la généralisation et le renforcement des conférences épiscopales nationales, et la réforme de la curie romaine4. Les réformes de la Curie opérées par Paul VI5 et Jean-Paul II6 ont répondu à certains souhaits du concile, mais les résistances ne permettront pas à ces deux papes d’en modifier profondément le mode de fonctionnement. Elle restera encore un organe de gouvernement centralisé, à la main du pape seul, laissant peu de place à l’exercice du pouvoir suprême par le collège des évêques en tant que tel.

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"Amazonie, nouveaux chemins pour l'Eglise et pour une écologie intégrale"

Dès le 15 octobre 2017, le pape François annonçait la tenue, deux ans plus tard, d’un synode spécial sur le thème « Amazonie, nouveaux chemins pour l’Église et pour une écologie intégrale ». Nous y sommes.

Le synode sur l’Amazonie

Le synode, qui sera achevé avant la publication de ce numéro, aura rassemblé 185 pères synodaux parmi lesquels des évêques et archevêques des conférences épiscopales de 9 pays d’Amérique du Sud, des invités spéciaux comme Ban Ki Moon (ancien secrétaire général de l’ONU) et 55 auditeurs et auditrices « spécialistes de pastorale ».

Se revendiquant en droite ligne de l’encyclique Laudato si du 24 mai 2015 sur la sauvegarde de la « Maison commune », il se donne pour fin le discernement des nouveaux chemins par lesquels l’Eglise en Amazonie annoncera l’Evangile de Jésus-Christ dans les prochaines années.

Issu de la compilation des réponses recueillies après une large consultation des communautés d’Amazonie (plus de 87 000 participants), le document de travail officiel du synode (Instrumentum laboris) a été publié le 17 juin 2019 et servira de base aux discussions synodales.

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"Adultère", le mot disparu

Quand le passage sous silence d’un mot sert l’escamotage du concept qu’il décrit.

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C'est un fait et non pas une opinion. Les mots adultère et homosexualité ont tous deux disparu du magistère de l’Église au plus haut niveau, celui qui est placé sous l’autorité du pontife romain.

En ce qui concerne le premier mot, on le savait déjà. Il a complètement disparu au moment où il aurait été le plus normal de le prononcer, pendant les deux synodes sur la famille et peu après, quand le pape François en a tiré les conclusions dans l’exhortation Amoris lætitia.

« On sait que quand on veut écarter ou éliminer une vérité, il ne faut pas la contredire ouvertement, ce serait en fait la pire stratégie parce que cela susciterait des réactions ouvertes et attirerait l’attention. Il vaut mieux au contraire la passer sous silence, ne plus en parler, la reléguer au grenier ou à la cave avec les antiquités, alors, au fil du temps, on finira par oublier jusqu’à son existence et on vivra comme si elle n’existait pas ».

C’est dom Giulio Meiattini, moine bénédictin à l’abbaye de Notre-Dame de La Scala à Noci et professeur de théologie à l’Athénée pontifical Saint-Anselme de Rome, qui fait cette observation dans la préface de la seconde édition de son livre Amoris lætitia ? I sacramenti ridotti a morale.

« Le premier changement, dont on a sans doute pas bien perçu la gravité effective du fait de sa dissimulation, c’est la disparition complète, pour ne pas dire la censure, du mot "adultère". Ce mot est complètement absent des deux Instrumentum laboris qui ont précédé les synodes de 2014 et de 2015, il est absent des rapports intermédiaires (Relationes post disceptationem), il n’est jamais utilisé dans les deux documents finaux soumis à l’approbation des pères synodaux et enfin, il est définitivement enterré par Amoris lætitia. Il ne s’agit pas d’un détail sans importance. L’enseignement de l’Église, depuis l’époque des Pères de l’Église, n’a jamais manqué de se référer aux textes évangéliques et néotestamentaires relatifs à l’adultère comme formant une partie essentielle de son enseignement sur l’indissolubilité du mariage, avec les conséquences qui en découlent sur la pratique pastorale et la discipline canonique. En revanche, ces passages ne sont jamais expressément cités dans les documents pré-synodaux, synodaux et post-synodaux en question, à part une mention de fragments de Mt 19, 8-9 dont on a justement censuré le passage qui fait précisément référence à l’adultère .»

Il s’agit du passage où Jésus déclare que « si quelqu’un renvoie sa femme – sauf en cas d’union illégitime – et qu’il en épouse une autre, il est adultère ».

Dom Meiattini poursuit :
« Il faut avoir l’honnêteté de le dire et de le reconnaître : cela fait longtemps que, dans l’Eglise, on n’emploie plus le mot "adultère" que très rarement dans la prédication ou dans la catéchèse. On préfère désormais, comme dans le chapitre VIII d’Amoris lætitia, utiliser le terme neutre et inoffensif de "fragilité" qui tend à remplacer le mot "péché" lui-même dans la plupart des cas. On ne désigne plus l’infidélité conjugale occasionnelle ou les nouvelles unions stables successives à l’unique mariage célébré devant Dieu avec le terme approprié par lequel Jésus et la tradition chrétienne les définissent : adultère […]. Dans les deux synodes et dans Amoris lætitia, le péché d’adultère a été effacé non pas d’un coup d’éponge mais d’un coup de silence : on n’en parle tout simplement plus. Et qu’en est-il de tous ces passages du Nouveau Testament et surtout de l’Evangile qui en parlent ouvertement ? Il n’en reste qu’un obscur renvoi entre parenthèses précédé de l’abréviation cf  […]

« Si les unions entre homme et femme "soi-disant irrégulières" (comme les désigne Amoris lætitia) ne sont plus appelées adultères et si en plus elles ne constituent plus de ‘"véritables irrégularités" mais ne sont plus que des "fragilités" ou des "imperfections" par rapport à l’idéal conjugal évangélique (toujours selon le langage utilisé par Amoris lætitia), alors c’est le premier obstacle pour une reconnaissance de l’usage de la sexualité en dehors du mariage qui tombe, presque comme s’il n’était plus condamnable. […]

« On comprend mieux alors les mots du cardinal Walter Kasper à la veille de la publication d’Amoris lætitia, à savoir que ce ne serait que le premier d’une série de changements qui feront date dans l’histoire de l’Église. »

Vittorio Oltramari

Sources : Sandro Magister, Adultère et homosexualité. Les deux mots disparus, http://www.diakonos.be, 08/03/2019.

L'appel au sursaut

Le 5 janvier 2019, la Fondation Lépante, présidée par R. de Mattei, s’adresse à chaque évêque à travers un appel intitulé « Osez, Monseigneur ! »

Votre dignité, Monseigneur, vient de l’honneur que vous avez de servir l’Eglise, sans chercher ni vos intérêts propres, ni le consensus des puissants. Cette dignité de Monseigneur, vous l’avez reçue de l’Eglise, non des hommes d’Eglise, et c’est à l’Eglise que vous devez en rendre compte. L’Eglise est la société divine, fondée par Jésus-Christ, toujours parfaite et victorieuse, dans le temps et dans l’Eternité. Les hommes d’Eglise peuvent servir l’Eglise ou la trahir. Servir l’Eglise signifie faire passer les intérêts de l’Eglise, qui sont ceux de Jésus-Christ, avant ses intérêts personnels. (…)

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