Le devoir d'état

Dans ses souvenirs autobiographiques intitulés Raisons de Famille, Jacques Perret raconte avec humour comment le jeune garçon turbulent et rêveur qu’il était en 1916, trépignait d’impatience de rejoindre son frère aîné Louis parti au front et comment, prié de retourner au plus vite à son travail de classe, il s’entendit ordonner par son oncle sur un ton à la fois solennel et affectueux : « Que chacun fasse son devoir ! ». Derrière l’équivoque du mot, - le devoir et les devoirs scolaires - il entrevoyait sans doute pour la première fois cette dure réalité que l’on appelle le devoir d’état... 

S’il est permis et même plutôt sain pour un jeune garçon de rêver d’aventures davantage que de théorèmes, il est dans l’ordre des choses pour ses parents de l’obliger à accomplir son devoir d’état : celui d’écolier, en l’occurrence, en attendant d’avoir atteint l’âge des choix. On touche ici au rôle essentiel de l’éducation pour les parents et de l’obéissance pour les enfants si bien mis en valeur par Yann Le Coz et l’abbé Jean-Pierre Boubée.

Par ailleurs, la rêverie compréhensible chez un enfant l’est déjà beaucoup moins à l’âge adulte. Il est connu que « l’herbe est plus verte dans le champ du voisin », et que nous ne sommes que rarement satisfaits de notre état. Cette insatisfaction nous pousse trop souvent à rêver d’un autre état de vie au détriment de celui que nous devons accomplir hic et nunc. Or, l’enseignement de l’Eglise rappelé avec force par les papes, de nombreux évêques, religieux, religieuses et éducateurs, ne laisse pas de doute : la sainteté passe par l’accomplissement de notre devoir d’état et la tâche est si difficile qu’il n’est pas exagéré de parler de pénitence et d’héroïsme. A ce sujet Arnaud de Lassus nous rappelle le message de la Sainte Vierge à Fatima : « l’accomplissement de notre propre devoir : voilà la pénitence que je demande maintenant » et le R.P. de Chivré ne craint pas de parler de l’héroïsme quotidien de ce devoir accompli jour après jour jusqu’au bout. 

Enfin, notre devoir d’état ne saurait se limiter à nos devoirs envers l’Eglise, notre famille et notre métier ! Il concerne aussi notre engagement au sein de la cité qui n’est en rien facultatif, nous dit avec force Léon XIII dans son encyclique Immortale Dei.

Que dit le catéchisme ?

Qu'est-ce que les devoirs d'état ? 

Par devoir d'état on entend les obligations particulières que chacun a par suite de son état, de sa condition et de la situation qu'il occupe. 

Qui a imposé aux divers états leurs devoirs particuliers ? 

C'est Dieu qui a imposé aux divers états leurs devoirs particuliers, parce que ces devoirs dérivent de ses divins commandements. 

Comment les devoirs particuliers dérivent-ils des dix commandements ? 

Par exemple, dans le quatrième commandement, sous le nom de père et de mère, sont compris encore tous nos supérieurs, et ainsi de ce commandement dérivent tous les devoirs d'obéissance, d'amour et de respect des inférieurs envers leurs supérieurs, et tous les devoirs de vigilance qu'ont les supérieurs envers leurs inférieurs. 

De quels commandements dérivent les devoirs des ouvriers, des commerçants, de ceux qui administrent les biens d'autrui et autres semblables ? 

Les devoirs de fidélité, de sincérité, de justice, d'équité qu'ils ont, dérivent du septième, du huitième et du dixième commandements qui défendent toute fraude, injustice, négligence et duplicité.

De quel commandement dérivent les devoirs des personnes consacrées à Dieu ? 

Les devoirs des personnes consacrées à Dieu dérivent du second commandement qui ordonne d'accomplir les vœux et les promesses faites à Dieu : car c'est ainsi que ces personnes se sont obligées à l'observation de tous les conseils évangéliques ou de quelques-uns.

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Elisabeth Canori Mora, fidèle à tout prix

Alors que, jusqu’au sein de l’Eglise, les attaques se font plus pressantes sur l’indissolubilité du mariage, nous avons jugé utile de vous proposer ce texte publié par le Conseil pontifical pour la famille.

«Une telle mère n’existe pas au monde. Et je ne suis pas digne d’être son mari ».

C’est ainsi que le mari d’Elisabeth Canori Mora – béatifiée par Jean-Paul II en 1994 – s’exprimait face à ses filles en parlant de celle qui était leur mère et sa femme, qu’il avait tant fait souffrir tout au long de sa vie.

Elisabeth Canori voit le jour à Rome en novembre 1774 dans une famille de riches propriétaires terriens, profondément catholiques. À 22 ans, elle épouse un jeune avocat, Tommaso Mora, apparemment un excellent parti. Il est en effet cultivé, bien élevé, croyant et bien lancé dans sa carrière. Mais le bonheur initial des deux jeunes époux est rapidement anéanti par la fragilité psychologique et émotionnelle du mari d’Elisabeth Canori qui perpétue une relation clandestine avec une femme d’humble condition, avec laquelle il dilapide toute la fortune de la famille ce qui finit par l’entraîner dans un état de véritable indigence.

Tommaso Mora n’abandonne toutefois pas sa femme et ses deux filles mais il ne rentre chez lui qu’à la tombée de la nuit, après avoir été loin de sa famille toute la journée, détruit par sa vie si désordonnée. Elisabeth décide alors de faire le choix d’une fidélité totale envers son mari et envers ses deux filles, qu’elle ne maintient, grâce à son travail, qu’au prix de grandes difficultés. Elle puise sa force dans une prière intense, dans sa fidèle adhésion au Tiers-Ordre des Trinitaires et dans sa profonde conviction que le sacrement du mariage l’a véritablement liée indissolublement et précieusement à son mari. Elisabeth sait, en effet, que la fidélité qu’elle réserve à son époux, même si cette dernière n’est pas méritée, est due à Jésus. Même si Tommaso la néglige totalement, elle honore donc jusqu’au bout le sacrement reçu, dans la douleur et la solitude.

C’est de cette manière qu’elle entre dans une relation de plus en plus intime et familière, mystique et joyeuse avec Jésus, qui se reflète dans une grande charité, emplie de prodiges riches en amour, qu’elle met en pratique dans l’aide apportée aux familles qui sont dans le besoin et dans l’éducation constante de ses filles. Ses visions mystiques et ses prophéties sur l’Église sont contenues dans son volumineux journal où la bienheureuse révèle, dans différentes pages dramatiques, les troubles religieux et moraux des hommes d’aujourd’hui.

Longtemps troublé par la sainteté de sa femme, Tommaso en vient d’abord à se moquer d’elle pour son dévouement à leur relation, qu’il sait être totalement gratuit, jusqu’à la mort d’Elisabeth où, impressionné par cet amour donné sans aucune contrepartie, il en arrive à se convertir, devenant d’abord frère franciscain conventuel puis prêtre, réalisant ainsi pleinement les prophéties faites sur sa conversion longtemps auparavant par sa femme.