Editorial FDA 59 - Le temple de César

L’élection du pape Léon XIV le 8 mai dernier constitue un événement marquant de la vie de l’Eglise et nombreux sont les commentateurs à avoir vu le choix de ce nom comme un signe d’espérance. S’inscrire dans les pas de Léon 1er dit « le Grand », le pape qui se rendit au-devant d’Attila au Ve siècle pour lui demander d’épargner Rome et ceux de Léon XIII, auteur de la fameuse encyclique Rerum Novarum au XIXe siècle, c’est montrer le désir de s’inscrire dans une certaine continuité, désir qui a cruellement fait défaut jusqu’ici. Attendons la suite…

En revanche, l’actualité en France est chaque année plus sombre. Le projet de loi relatif à l’accompagnement des malades et de la fin de vie, miraculeusement annulé avec la dissolution de l’Assemblée nationale l’année dernière, est revenu sous forme d’une proposition de loi1 relative à la fin de vie, déposée par Olivier Falorni, député de Charente-Maritime, ardent promoteur de l’euthanasie depuis longtemps et membre du Comité d’honneur de l’ADMD 2 proche de la franc-maçonnerie. Cette proposition est en cours d’examen à l’heure où ces lignes sont écrites ; elle est une violation de plus de l’ordre naturel voulu par Dieu. « Ils ne savent pas ce qu’ils font » serait-on tenté de dire mais malheureusement, les inspirateurs et les promoteurs de cette loi savent très bien ce qu’ils font. Leur volonté même de ne pas employer les mots qui désignent l’acte – « la mort administrée doit être considérée comme une mort naturelle » - en dit long sur leurs intentions. Derrière un soi-disant droit à mourir, se profile l’ombre d’un massacre à grande échelle dans la discrétion des EPHAD, des cliniques et des hôpitaux. Le crime a beau se parer des atours de la dignité, il reste un crime et les massacres justifiés par amour de l’homme et de la liberté n’en restent pas moins des massacres.

Albert Camus, pourtant athée, l’a bien montré dans son ouvrage L’Homme révolté : « La Révolution des
principes tue Dieu dans la personne de son représentant (Louis XVI). La Révolution du XXe siècle tue ce
qui reste de Dieu dans les principes eux-mêmes, et consacre le nihilisme historique. Quelles que soient
les voies ensuite empruntées par ce nihilisme, dès l’instant où il veut créer dans le siècle, hors de toute
règle morale, il bâtit le temple de César. »

Le nihilisme poursuit sa trajectoire infernale ; le temple de César, cet Homme qui se prend pour Dieu et
qui le défie sans cesse dans sa Création, prétendant maîtriser la nature humaine de la naissance à la
mort, jouant avec cette même nature humaine comme s’il s’agissait d’un jeu de Légo, s’édifie loi après
loi, sous nos yeux impuissants.

Dans les quelques marges de liberté dont nous disposons encore, la vertu d’espérance est plus que
jamais nécessaire pour continuer à travailler au règne du Christ- Roi, à notre place, sereinement et en refusant tout repli sur nous-mêmes. Chaque famille qui se crée, chaque école catholique qui se développe, chaque engagement dans la Cité ou dans son métier, constitue un petit cercle où le bien domine et fait reculer le mal. C’est cette espérance que nous souhaitons partager avec vous à travers les témoignages et les articles de ce numéro. Que tous les contributeurs soient chaleureusement remerciés.
Bonne lecture !


1. La proposition de loi est un texte législatif déposé au Parlement à l’initiative d’un ou plusieurs parlementaires à la différence d’un projet de loi, texte législatif déposé au Parlement par le gouvernement.
2. Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité.