D’Ève à Marie
Dans son ouvrage D’Ève à Marie (éditions du Saint Nom) le père Jean Dominique, O. P. mène une réflexion sur le rôle de la femme chrétienne au sein du foyer. Portant son analyse sur la singularité de sa mission, il en décrit la remarquable grandeur, notamment dans l’œuvre d’éducation, et montre comment la souffrance vécue chrétiennement peut être sublimée.
A partir de l’exemple d’Ève, première des mères, l’auteur expose comment la procréation, finalité première du mariage, permet à l’épouse de vivre pleinement la beauté de la vocation dont elle détient l’apanage : la maternité. Reine du foyer, se distinguant par sa piété autant que par sa douceur, l’épouse sous-estime parfois l’influence considérable qu’elle y exerce, autant par le soin qu’elle porte à sa maison que par la joie qu’elle y imprime. Tandis que notre société y revendique une stricte et nocive égalité, le père Jean-Dominique rappelle la beauté de la hiérarchie voulue par le Créateur et les fruits de cette vertueuse complémentarité au sein du foyer. Car si l’autorité en revient à l’homme, la noblesse qui se dégage de l’affectueuse dépendance dans laquelle se tient l’épouse lui réserve une place décisive. Selon le vœu du Christ, mari et femme ne font qu’une seule chair. Mais cette complémentarité est également spirituelle et morale, se traduisant par la piété et l’indéfectible solidarité qu’ils se doivent l’un à l’autre, gage de la solidité du mariage.
La femme exerce également sur ses enfants une maternité spirituelle, prolongement de la maternité physique et seule à même de favoriser l’éveil de la grâce et de la vertu. Cette maternité spirituelle demande un apprentissage. Marie fut, dès son enfance, confiée au Temple pour y recevoir de saintes femmes une solide éducation ; et nous ? Dans quelles mains confierons-nous l’éducation de nos filles ? Certes, la mère tient auprès de ses filles un rôle que nul ne peut tenir à sa place. Mais ne sera-t-elle pas merveilleusement secondée si elle en confie l’éducation à des mains consacrées ? Car en effet, la femme consacrée, par la relation toute spéciale qu’elle conserve avec Dieu et par les renoncements auxquels elle consent, est à même d’exercer sur le cœur des enfants une influence d’une incomparable grandeur.
Conséquences du péché originel, fécondité et souffrance sont indissociables. Citant l’exemple de Caïn, l’auteur montre comment la douleur d’Ève participe au rachat du crime commis par son fils aîné, notant que la mère sauve le plus souvent ses propres enfants par le mal qu’ils lui infligent. D’ailleurs, l’attitude de la mère de Dieu au pied de la Croix, révèle à la femme chrétienne, l’exemple à suivre face à la souffrance dont nous savons qu’elle peut prendre au sein du foyer bien des formes. À cet égard, saint Thomas considère la stérilité comme l’une des épreuves les plus douloureuses du foyer car elle touche directement à la finalité du mariage. Mais sublimée, l’amertume devient un appel à la sainteté et ouvre la porte à une fécondité très supérieure.
C’est parce qu’elle est justement le fruit de leur amour que la fécondité, naturelle ou surnaturelle, donne aux époux, et à la mère en particulier, un tel élan de générosité dans la souffrance. Nous pouvons conclure ainsi avec le père Jean-Dominique que c’est pour les parents un exemple réconfortant que de voir qu’après les peines du labourage suivent bientôt les joies de la récolte.
