La NaPro Technologie : une approche naturelle face à l’infertilité
Entretien avec Marie Thiébault, sage-femme et instructrice en NaproTechnologie, réalisé par Louise Linot.
Bonjour Marie, pouvez-vous vous présenter et préciser à nos lecteurs ce qui vous a conduit à vous intéresser à la NaProTechnologie ?
Je suis sage-femme, diplômée en 2013 de l’école de sage-femme de Clermont-Ferrand. J’ai profité d’une formation organisée en France à Ars en 2018-2019 pour devenir instructrice Fertilitycare. Mariée et maman de quatre enfants, j’exerce actuellement en tant que sage-femme libérale à Belfort. J’ai su très tôt (15 ans) que je rêvais de devenir sage-femme et, dans mes recherches sur le métier, j’avais lu quelques lignes dans les Cahiers Saint-Raphaël sur l’installation d’un médecin spécialisé en NaProtechnologie à la maternité de l’Étoile à Puyricard (à côté d’Aix en Provence). Cet article m’avait interpellée car je réfléchissais déjà aux problèmes éthiques auxquels je pouvais être confrontée durant mes futures études : j’étais heureuse de savoir qu’il pouvait exister des alternatives médicales et morales à la PMA. Au cours de mes études, j’ai pu réaliser un stage à l’Étoile et me renseigner plus en détails sur Fertilitycare et la NaProtechnologie. J’ai attendu d’être diplômée et d’avoir mis un peu de trésorerie de côté pour me lancer dans la formation, car il faut compter 4 000 euros environ (la formation est dispensée par les États-Unis, et donc très coûteuse).
Pour devenir instructrice, faut-il être issu d’une profession médicale ?
Non, pas nécessairement. Cependant, dans les faits, environ un tiers des instructrices sont sage-femmes. Pour prétendre à la formation, il faut être une femme, motivée et avoir un minimum de compréhension en anglais car la formation est dispensée intégralement dans cette langue. Le rôle de l’instructrice est primordial pour assurer l’éducation thérapeutique des patients, les préparer aux consultations médicales et les accompagner tout au long de leur traitement.
Fertilitycare, NaProTechnologie, des termes un peu barbares pour nos oreilles françaises, que signifient-ils et d’où viennent-ils ?
Ces termes sont d’origine anglo-saxonne : Fertilitycare veut dire « prendre soin de sa fertilité » ; cette méthode d’observation du cycle repose sur l’observation de la glaire cervicale. NaProtechnologie signifie Natural Procreation Technology ; c’est une approche médicale visant à restaurer la fertilité naturelle du couple afin de permettre la conception telle que prévue par notre Créateur. Cette méthode a été mise au point aux États-Unis par le docteur Thomas Hilgers, gynécologue américain, qui avait travaillé avec le docteur Billings, auteur de la méthode du même nom. En se basant sur les travaux de ce dernier et dans le but d’aider les couples confrontés à l’infertilité, ce fervent catholique, très touché par l’encyclique Humanae Vitae du pape Paul VI, a fondé en 1985 l’Institut Saint Pape Paul VI en Omaha et a mis au point la méthode Fertilitycare et la NaProTechnologie.
À qui s’adresse FertilityCare ?
Fertilitycare est une méthode d’observation précise, standardisée et fiable qui peut être proposée à chaque couple et même à chaque femme désireuse de connaître son cycle et suivre sa santé gynécologique. Elle aide les femmes et les couples à bien repérer les périodes de fertilité et d’infertilité du cycle, même si celui-ci est irrégulier ou difficilement lisible. Le couple ou la femme peuvent être orientés par l’instructrice vers un médecin formé en NaProTechnologie dès qu’un dysfonctionnement est observé, même en dehors d’un désir de conception. Des cycles irréguliers, des saignements anormaux, des pathologies telles que l’endométriose, le syndrome des ovaires polykystiques, des fausses couches à répétition, l’infertilité, des déséquilibres hormonaux, un syndrome prémenstruel invalidant et bien d’autres peuvent ainsi donner lieu à une prise en charge.
Et concrètement, comment se déroule le suivi NaPro avec l’instructrice ?
Le couple prend contact avec une instructrice (les coordonnées se trouvent facilement sur le site NaProFrance : napro.fr). Celle-ci propose une séance d’introduction afin que le couple ou la femme prenne connaissance de la méthode, notamment le tableau de suivi, et puisse choisir de poursuivre ou pas. Les rendez-vous sont bimensuels au début puis s’espacent progressivement, une fois la méthode bien assimilée. Il faut compter environ huit séances pour la première année pour un coût de 50 euros par séance, soit 400 euros. Par la suite, il est conseillé de refaire le point une fois par an ou à chaque fois que le besoin s’en fait ressentir (post-partum, allaitement, soucis de santé…).
Certaines personnes peuvent être effrayées par l’exigence de cette méthode, notamment à cause du suivi quotidien et de la rigueur que cela implique. Que répondez-vous à cela ?
La méthode est certes exigeante avec un suivi journalier mais cette exigence est essentielle pour établir un diagnostic précis et ne doit pas effrayer outre mesure. Les bonnes habitudes se prennent vite car on ne demande pas de modifier son mode de vie, mais seulement de prêter quelques secondes d’attention à quelques moments clés de la journée. Je soulignerai que le soutien du conjoint est essentiel pour le fonctionnement de la méthode ; une femme qui portera seule la responsabilité de la fertilité du couple va très vite se lasser.
À quel moment intervient le suivi avec le médecin ?
Au bout de 2-3 cycles, le couple peut être orienté vers un médecin NaPro. Il continue son suivi avec l’instructrice en parallèle de ces rendez-vous médicaux, cette dernière est présente pour répondre à leurs questions, les orienter en cas de doutes sur les traitements et les aider à tenir un tableau clair et lisible pour le médecin. Elle est également en contact avec le médecin. Celui-ci peut également orienter vers d’autres spécialistes tels que gynécologues, endocrinologues, urologues, andrologues… pour prescrire ou réaliser certains examens et traitements jugés nécessaires dans la prise en charge.
Qu’est-ce que l’infertilité dans un couple ? Y a-t-il des couples infertiles où le problème est insoluble ?
L’infertilité est définie par l’OMS comme l’incapacité à obtenir une grossesse après douze mois ou plus de rapports sexuels réguliers non protégés. Lorsqu’un couple suit une méthode d’observation du cycle (MOC) et utilise les périodes fertiles pour s’unir, on le considère comme infertile après six mois de tentatives sans conception. L’infertilité est dite primaire si ce couple n’a jamais obtenu de grossesse, elle est dite secondaire si elle survient après un ou plusieurs enfants. Le problème des fausses-couches à répétition est différent car la conception a bien lieu, souvent plusieurs fois sans évolution normale. La NaproTechnology va venir en aide à tous les couples mais elle ne pourra rien faire en cas de stérilité, c’est-à-dire d’infertilité définitive (azoospermie, ménopause précoce ou obstacles majeurs dans la filière génitale).
Pourquoi choisir la Napro ? Quels sont les avantages de la méthode ?
Selon une étude récente réalisée en juin 2024 (publiée au journal européen d’obstétrique, de gynécologie et de biologie de la reproduction), impliquant 551 femmes, 15 médecins napro et 66 instructeurs, le taux de grossesses obtenues était de 37 %. Au-delà de ce chiffre, les avantages évidents qui ressortent pour les couples sont une compréhension claire de leur cycle menstruel grâce aux instructeurs en fertilité, avec l’élaboration d’un tableau utile pour le diagnostic des causes d’infertilité et l’identification des moments du cycle où la prise de médicaments est nécessaire. L’implication des instructeurs et des médecins généralistes formés améliore grandement la capacité du couple à interagir avec les différents médecins rencontrés dans leur parcours de soin et à suivre son traitement contre l’infertilité. Le suivi et la connaissance du cycle ne sont pas seulement utiles pour le moment où est traitée l’infertilité mais aussi pour la gestion d’une bonne santé gynécologique et c’est un vrai gain de temps lorsque le couple souhaite de nouveau se tourner vers la NaproTechnologie pour une nouvelle conception.
Cette méthode est-elle plus efficace qu’un parcours PMA ?
Suivant les pathologies rencontrées, la NaproTechnology aura une efficacité moyenne de 37 % (selon les dernières études) contre 15 % pour la PMA. En cas de fausses couches à répétition, l’efficacité de la prise en charge NaPro monte même à 80 %.
Au-delà du fait qu’un parcours PMA n’est absolument pas compatible avec la morale catholique, il faut être conscient qu’il propose une solution sans chercher véritablement la cause de l’infertilité. On va réaliser quelques analyses bien sûr mais on ne se penche pas sur le tableau de fertilité qui est pourtant un outil précieux pour mieux cerner le profil hormonal de la femme. Le couple n’est pas pris en charge ensemble. On va proposer suivant l’âge, trois à six tentatives d’insémination artificielle puis procéder à la FIV (Fécondation in Vitro) voire une ICSI (Intra Cytoplasmic Sperm Injection, qui consiste à injecter seulement quelques spermatozoïdes mobiles). Au final, les chances de grossesse après ce parcours du combattant se chiffrent à 22 % et 15 % de naissances en moyenne. Une grande proportion de couples vit très mal cette prise en charge, souvent inhumaine selon leurs propres mots, et beaucoup abandonnent au premier échec.
Pour conclure, rappelons que cette méthode n’est pas un remède miracle, ni une obligation ou un devoir mais une possibilité offerte par les connaissances médicales dans le respect de l’ordre naturel et du magistère de l’Église. Il appartient à chaque couple concerné de se décider en conscience pour suivre ou pas une méthode certes exigeante mais qui permet néanmoins dans bien des cas de régler les problèmes d’infertilité du couple.
