Couple sans enfant : témoignage 1
S’il a été écrit à deux mains, c’est un témoignage de deux cœurs que nous voulons partager dans l’espoir de mieux faire comprendre cette épreuve.
Nous sommes mariés depuis six ans. Six ans c’est sans doute peu à l’échelle d’une vie et pourtant bien long quand on attend, quand on espère un jour pouvoir être parents, avoir la chance et la grâce de tenir un petit peu de nous dans les bras ! Nous avons eu un parcours médical assez compliqué et arrivons au bout des possibilités acceptables moralement pour un chrétien. C’est un autre sujet bien vaste que ce « parcours du combattant » ; nous nous sommes sentis très isolés avec une difficulté à trouver les infos et à démêler le vrai du faux et le bien du mal. Des facteurs d’hypofertilité ont été identifiés chez chacun de nous mais sans cause grave ou diagnostic définitif : nous gardons donc espoir !
Ce témoignage ne se veut pas être une longue plainte mais plutôt une petite participation pour rendre visible un sujet qui nous semble trop souvent oublié et mis de côté, par pudeur, gêne, maladresse… Il reste subjectif et espérons qu’il ne blessera personne.
L’infertilité est là, elle ne nous caractérise pas mais impacte notre quotidien. Les difficultés qui en découlent sont propres à chacun et différentes parfois entre mon mari et moi-même.
J’aimerais en lister certaines en plus de la peine intrinsèque liée à cet état.
Difficulté à trouver et/ou définir un objectif dans la vie. Notre liberté, enviable par certains côtés, nous laisse ce choix parfois lourd à porter de savoir quoi faire de nos vies : ce flou, ce besoin de se sentir utile, sans savoir comment parfois.
Difficulté à donner le meilleur de soi-même, à garder une motivation, à ne pas tomber dans un égoïsme si facile dans notre situation. Difficulté de ne pas transmettre, de ne pas voir l’autre devenir père, mère et se dépasser ainsi. Regret de ne pas rayonner comme un modèle de famille traditionnel dans le monde qui ne l’est pas, de subir les commentaires du type : « profitez, vous avez de la chance… » Difficulté dans le couple bien sûr dans notre intimité, et la façon si différente de gérer cela.
Difficulté vis-à-vis de l’entourage, famille, amis, de se sentir perpétuellement décalés, au niveau du rythme et des préoccupations de la vie. Sentir avec regret être parfois plus à l’aise dans le monde, que dans nos milieux « tradis » particulièrement riches en famille, en enfants (Deo gratias). Sentir que nos proches pensent que l’on ne conçoit pas leurs difficultés, alors que sans doute (peut-être à tort ?) l’on s’imagine bien plus leur vie familiale, qu’eux notre vie sans enfant…
Beaucoup d’activités dans nos milieux, dans nos paroisses, tournent autour des familles, et c’est bien normal, mais modifier parfois juste quelques expressions, aiderait à mieux intégrer les couples sans enfants et aussi ceux qui sont restés célibataires. En effet, comment se projeter dans « la prière des mères, le pèlerinage des pères, le café des mamans ? »…
Vous vous demandez comment aider vos proches qui traversent cette épreuve ? Certes, nous réagissons tous différemment mais l’important est de prendre des nouvelles et de laisser la porte ouverte à l’échange : « Je suis là si tu as besoin d’en parler … Je peux difficilement comprendre ce que vous traversez mais nous pensons bien à vous… » Il vaut mieux une certaine forme de maladresse qu’un déni ou une ignorance apparente du moins. Les encouragements ou les petits mots qui montrent que vous pensez à nous : « nous prions pour vous, vous êtes courageux… » sont toujours bienvenus comme le fait de ne pas être exclus de la liste de certains courriers, de certaines soirées ; Laissez-nous choisir ! Il y a tellement de jolies attentions, un petit mot plus personnalisé pour une annonce de grossesse, un mot pendant la fête des mères, des pères, un cadeau, une délicatesse dans les discussions, pensez à nous pour des évènements parfois liés aux groupes des écoles, des prières des mères, etc. Nous aider à nous sentir intégrés tout simplement.
Pourtant malgré toutes ces peines, comme tout épreuve nous avons le choix. Choix de nous laisser submerger par la vague négative ou de résister et s’abandonner à la Providence. Et comme chacun nous essayons de trouver un équilibre dans notre vie.
Nous nous concentrons sur le court terme, puisque l’avenir est incertain. Nous avons plus de temps, de temps pour notre couple, de temps pour aider les autres, de temps pour Dieu : il ne tient qu’à nous d’essayer de le faire fructifier. Nous voulons profiter de ce beau temps à deux pour consolider toujours plus notre amour, profiter de notre disponibilité pour aider, dans les associations ou tout simplement nos proches. Profiter sainement de ce temps aussi en laissant l’autre développer ses passions, le sport, l’art… en voyageant, en étant curieux de la vie tout simplement, et en refusant de culpabiliser (ce qui n’est pas toujours simple face à certaines remarques).
Nous essayons de trouver des moyens de nous donner, de participer au bien commun. Le monde associatif regorge de possibilités variées : j’anime des ateliers manuels auprès de jeunes en situation de handicap chaque semaine, je suis investie dans la Conférence saint Vincent de Paul de mon quartier, pour visiter une petite dame âgée. Avec mon mari, nous nous sommes également engagés dans la Conférence saint Vincent de Paul de notre paroisse. L’école est aussi un lieu où le besoin d’aide ne manque pas : aide pour les kermesses, marchés de Noël…
Certes, c’est une épreuve de couple et pourtant merci mon Dieu et merci à toutes les personnes qui prient pour nous car notre couple se renforce tous les jours davantage malgré l’épreuve, presque grâce à celle-ci. Nous avons des hauts et des bas, mais quand on traverse les bas ensemble notre amour en ressort plus fort. Cela demande d’être toujours plus dans la communication, que cela soit entre nous pour mieux comprendre ce que vit l’autre, ses émotions, et avec nos proches, afin d’être plus lisibles pour eux, et ainsi nous épargner les maladresses.
C’est un long chemin d’acceptation, d’abandon, qui finalement est commun à tous. Réussir à comprendre que les enfants ne sont pas le but ultime de notre vie, de notre couple, qu’ils ne sont pas un dû. Cela nous aide toujours de penser aux autres épreuves, aux autres croix bien plus lourdes parfois que d’autres portent !
Nous avons la chance d’être deux dans la vie, de nous aimer profondément, et peut être un jour aurons-nous la chance et la grâce d’être trois…
