Fécondité et stérilité : que dit l’Église ?
La fécondité et la stérilité ont toujours occupé une place centrale dans la vie des hommes et pour cause : il en va de l’avenir de l’humanité. La fécondité voulue par Dieu comme une coopération à sa Création, est tout entière dans la Genèse : « Soyez féconds et multipliez-vous » et si Dieu crée l’homme sexué à l’instar des animaux et des plantes, c’est bien pour perpétuer l’espèce humaine.
Les civilisations antiques ont toujours vu dans la fécondité de la femme comme un éclat de la divinité. Les déesses de la fécondité et de la fertilité ne manquent pas : Ishtar en Mésopotamie, Isis en Égypte, Artémis et Aphrodite en Grèce, Diane et Vénus, leur équivalent dans la Rome antique. Il ne faudrait cependant pas en déduire que ces sociétés pratiquaient un accueil de la vie sans restriction. L’avortement et la contraception, notamment au moyen de plantes médicinales étaient monnaie courante sous l’Antiquité.
Si le serment d’Hippocrate précise que le médecin ne doit pas donner de poison abortif c’est bien que la chose se pratiquait. On sait par ailleurs que les populations d’Asie mineure et celle d’Éphèse notamment, avaient une mentalité contraceptive bien ancrée n’hésitant pas à utiliser drogues et poisons contraceptifs ou abortifs. Saint Paul y fait d’ailleurs référence dans sa fameuse épître aux Galates (5- 19 ; 20). S’adressant à la communauté d’Éphèse, il dénonce les œuvres de la chair (adultère, fornication, impureté, dissolution), mais également l’idolâtrie, la sorcellerie, les inimitiés, les querelles, les jalousies, les animosités, les disputes, les divisions, les sectes. Or, le mot grec φαρμακεία (pharmakeia) désigne initialement celui qui fait usage de plantes médicinales, de drogues ou de poisons avant de prendre un sens plus étendu d’empoisonneur, de sorcier ou de magicien.
Chez les Hébreux, adorateurs du vrai Dieu, la fécondité est naturellement vécue comme une bénédiction. Dans les Psaumes au chapitre 128, on trouve cette description magnifique : « Ta femme est comme une vigne féconde dans l’intérieur de ta maison; tes fils sont comme des plants d’olivier, autour de ta table. C’est ainsi qu’est béni l’homme qui craint l’Éternel. »
À l’inverse, la stérilité, manifestement comprise comme étant exclusivement le fait de la femme, est considérée comme un châtiment ou une malédiction et elle est d’ailleurs un motif légitime de répudiation. « Donne-moi des enfants ou je meurs » s’exclame Rachel auprès de Jacob et celui-ci de répondre avec colère: « Suis-je à la place de Dieu, qui t’empêche d’être féconde? » Dieu, manifestant ainsi sa puissance, exaucera Rachel comme il a exaucé avant elle Sarah et Rebecca et comme il le fera plus tard pour sainte Anne et saint Joachim – choisis en illustration de notre couverture – ou pour Élisabeth.
Il faut attendre l’avènement du Christ pour que le statut de la femme stérile change. Le Christ rappelle à ses apôtres l’indissolubilité du mariage voulue par Dieu dès la Genèse mais remise en cause dans la loi mosaïque en raison de « la dureté de leurs cœurs ». La stérilité n’est plus une malédiction ou un châtiment et encore moins un motif de répudiation mais une épreuve que le couple doit surmonter en se souvenant que le don de soi, au cœur de l’amour chrétien, est appelé à prendre des formes diverses.
La position du magistère de l’Église sur ces questions de fécondité et stérilité, notamment le recours aux techniques modernes, ne peut être correctement comprise qu’au regard de la finalité du mariage. Jusqu’au Concile Vatican II, l’Église a toujours enseigné que la procréation et l’éducation des enfants est la fin première du mariage et que le soutien mutuel et le remède à la concupiscence en est la fin secondaire, ces deux fins étant solidaires et ne pouvant être artificiellement séparées. « Il n’est pas bon que l’homme soit seul, je lui ferai une aide semblable à lui » nous rappelle la Genèse indiquant par-là que l’intimité entre l’homme et la femme n’est pas accessoire mais bien une nécessité, ce que le grand écrivain Chesterton traduisait avec bon sens : « On ne se marie pas parce que la terre a besoin d’être peuplée, on se marie parce qu’on est amoureux. »
La stérilité de l’un des deux époux, si elle empêche la réalisation de la fin première du mariage, ne remet pas en cause la fin secondaire ; c’est la raison pour laquelle l’Église prend soin de préciser que la stérilité n’empêche pas le mariage ni ne le rend invalide (Can. 1068).
Pie XII est sans doute le pape de notre époque qui a exprimé avec le plus de clarté le magistère de l’Église sur ces questions. En 1949, lors du IVe congrès international des médecins catholiques réunis à Rome, il met en garde contre « la fascination de la technique » et indique le jugement moral qu’il faut porter sur la fécondation artificielle. Celle-ci est fondamentalement immorale qu’elle soit pratiquée hors mariage ou dans le mariage avec le recours à un tiers – chose assez facilement compréhensible pour des catholiques – mais également au sein du couple car elle dissocie la procréation de l’acte naturel. En revanche, Pie XII prend soin de préciser que l’emploi de moyens artificiels destinés à faciliter l’acte naturel et lui permettre d’aboutir à sa fin sont licites.
Sept ans plus tard, en 1956, dans son discours aux participants du deuxième congrès mondial de la fertilité et de la stérilité qui s’est déroulé à Naples, Pie XII souligne à plusieurs reprises l’épreuve douloureuse que constitue la stérilité conjugale involontaire, obstacle non désiré à la fin première du mariage, susceptible de provoquer chez le couple « un malaise profond, voilé souvent par une pudeur instinctive, mais dangereux pour la stabilité du mariage lui-même. »
Un peu plus loin, il ajoute : « Il est profondément humain que les époux voient et trouvent dans leur enfant l’expression véritable et plénière de leur amour réciproque et de leur don mutuel. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi le désir insatisfait de la paternité ou de la maternité est ressenti comme un sacrifice pénible et douloureux par les parents, qu’animent des sentiments nobles et sains. Bien plus, la stérilité involontaire du mariage peut devenir un danger sérieux pour l’union et la stabilité même de la famille. »
Si Pie XII salue les efforts entrepris par le monde médical et scientifique pour trouver des solutions thérapeutiques, il rappelle cependant qu’on ne peut séparer dans la génération, l’activité biologique de la relation personnelle des époux : « L’enfant est le fruit de l’union conjugale, lorsqu’elle s’exprime en plénitude, par la mise en œuvre des fonctions organiques, des émotions sensibles qui y sont liées, de l’amour spirituel et désintéressé qui l’anime ; c’est dans l’unité de cet acte humain que doivent être posées les conditions biologiques de la génération. Jamais il n’est permis de séparer ces divers aspects au point d’exclure positivement soit l’intention procréatrice, soit le rapport conjugal. »
Pie XII condamne ainsi à nouveau et sans ambiguïté possible toute forme de procréation artificielle, en particulier la fécondation « in vitro » car celle-ci dépasse les limites du droit que les époux ont acquis par le contrat matrimonial. En effet, le contrat matrimonial n’a pas pour objet un quelconque et prétendu « droit à l’enfant » mais l’usage légitime de la sexualité en vue d’engendrer une nouvelle vie.
Benoît XVI, en 2012, lors d’un discours à l’Académie pontificale pour la vie précise à nouveau : « En effet, la dignité humaine et chrétienne de la procréation ne consiste pas en un « produit », mais dans son lien avec l’acte conjugal, expression de l’amour des conjoints, de leur union non seulement biologique, mais aussi spirituelle. »
Le désir naturel et sain des époux d’avoir un enfant, s’il autorise certaines thérapies visant à restaurer la fertilité du couple ou faciliter l’acte naturel, ne saurait donc justifier le recours à toutes les techniques permises aujourd’hui par les « avancées » scientifiques. « L’accouplement » proprement satanique du Profit et du désir individuel, engendre une science qui défie ouvertement le Créateur et cherche à se substituer à lui en dissociant le principe même de son œuvre créatrice : union conjugale et engendrement. Dans ses Écrits, sainte Hildegarde Von Bingen fait dire à Satan : « J’ai de toute façon tout mon temps, car un jour je maîtriserai la conception humaine, dès lors l’humanité m’appartiendra. » Il semble que ce temps soit arrivé…
Refusant le recours à toute forme de fécondation artificielle, le couple chrétien touché par l’épreuve de la stérilité peut donc légitimement entreprendre les thérapies susceptibles de remédier aux problèmes d’infertilité comme la NaPro évoquée dans ce dossier. Plus largement, il est sans doute appelé, plus que d’autres, à réfléchir sur le sens à donner à sa vie. De même que les personnes consacrées renoncent à la fécondité biologique pour une fécondité toute spirituelle, le foyer chrétien, à qui la fécondité biologique est manifestement refusée, est non seulement appelé à vivre pleinement la fin secondaire du mariage mais également à rayonner et cultiver le don de soi en tendant vers une fécondité sociale, intellectuelle et spirituelle selon les voies que la Providence lui indiquera. C’est ainsi que nous voyons des ménages sans enfant, s’engager corps et âme dans les œuvres, développer et mettre leurs talents au service du bien commun, se dévouer sans compter auprès de leurs proches ( parents, grands-parents, neveux et nièces) et développer une vie spirituelle plus intense.
