Maison et coutumes chrétiennes
Les pays de vieille tradition chrétienne regorgent de coutumes dont certaines perdurent encore : parmi elles, le cierge de la Chandeleur, l’autel familial et la croix. Louis-Marie et Marie-Claude Braun nous donnent un aperçu des traditions du Sud-ouest.
La tradition de la Chandeleur et de ses cierges, l’exemple du Béarn
La Chandeleur, le 2 février, célèbre le rallongement des jours mais surtout la Présentation de l’Enfant Jésus au Temple, ainsi que la Purification de la Sainte Vierge. Fête double instituée par le pape Gélase I, à la fin du Ve siècle, pour remplacer la fête païenne des Lupercales. La chandelle, donnée à l’occasion de cette cérémonie, représente Notre-Seigneur, la « Lumière d’Israël » tant attendue par le vieillard Siméon.
Les fidèles gagnent à garder ces cierges bénits et à les faire brûler pendant les orages, les cérémonies familiales, lorsqu’un membre de la famille reçoit un sacrement (communion d’un malade, extrême-onction) ou est veillé après sa mort.
« Ma bien chère fille […] La Chandeleur tombant cette année un dimanche, j’avais décidé de faire une vraie cresperadẹ (soirée crêpes). […]. J’ai dû faire plus que les treize crêpes réglementaires, tu t’en doutes, mais j’ai marqué le coup à la treizième, essayant sans réussir et pour la plus grande joie de Thomas, de l’envoyer en haut de l’armoire, une pièce d’argent dans la main. […]
J’ai profité de la circonstance pour expliquer à Thomas que du temps où Papi et Mamie étaient jeunes, le 2 février, jour de la Chandeleur et de la Fête de la Purification, chaque famille apportait à l’église, des cierges et un rouleau de cire mince, le candeloûn [petite chandelle], pour le faire bénir par le prêtre. Et le soir, après le repas, le père de famille l’allumait, faisait le signe de croix et, l’inclinant sur ses vêtements, s’arrangeait pour que cinq gouttes de cire y tombent en forme de croix. Sa femme, ses enfants, les domestiques s’il y en avait, tout le monde accomplissait la même cérémonie à laquelle d’ailleurs les bêtes étaient associées. Une visite à l’étable et là, le chef de famille – et chef du bétail ! – traçait de la même manière une croix de cire sur chacune des bêtes à cornes. Par la suite, c’est à dire tout au long de l’année, on allumait ces cierges à l’occasion de tous les dangers qui pouvaient se présenter, orages, maladies, accouchement. Cependant, on réservait le candeloûn pour la mort. Il y en avait de deux sortes ; lorsque le rouleau de cire mince était disposé en forme de spirale, c’était un plec ; quand il formait un paquet rectangulaire, un torclou. Ces candeloûns formaient un grand rôle dans les cérémonies funèbres, faisant des allées et venues entre les maisons des parents et voisins et celle du mort, allant à l’église aussi. […] »
Conservons cette tradition des chandelles de la Chandeleur, précieusement conservées et allumées à l’autel familial dans les circonstances difficiles. Quant aux crêpes, continuons aussi à les faire sauter comme nos anciens, sachant que certains y voient les symboles du froment nouveau et du soleil ! La tradition veut d’ailleurs que le pape Gélase I, à l’origine de la procession aux flambeaux de la Chandeleur, soit encore à l’initiative des crêpes. À l’origine des galettes dont il nourrissait les pèlerins qui se rendaient à Rome !
Autel familial et vivoir
Traditionnellement, les autels de familles sont mis en place après le mariage, lorsque les époux passent du foyer de leurs parents au leur. Un autel familial est une pratique ordonnée par Dieu, comme le précise la Bible.
Les jeunes époux auront à cœur de confectionner un oratoire à une place d’honneur dans leur maison et de consacrer ainsi leur foyer au Sacré-Cœur et au Cœur Immaculé de Marie. Oratoire où l’on se retrouve pour prier et dire le chapelet en famille.
L’autel peut être accompagné du portrait des ancêtres de la famille : de chaque côté du Christ ou de la Vierge, les photos ou portraits de la famille du père et de la mère. On peut y ajouter un arbre généalogique. C’est l’occasion pour les enfants de se remémorer ou de connaître leurs parents et de les associer aux prières du foyer.
Le mois des défunts sera-t-il ainsi plus « vivant », la famille ayant sous les yeux des visages connus et aimés à qui adresser leurs prières. Pour compléter ces portraits, le 2 novembre peut être aussi l’occasion de joindre sur un meuble, les photos des amis défunts, chers à la famille.
Cet oratoire peut être dans une pièce particulière où l’on appréciera non seulement de s’y retrouver pour prier, mais aussi de s’y réunir pour lire ou étudier, chanter ou jouer, discuter, regarder ensemble un bon film ou un documentaire. Si possible près de la cuisine, pour qu’il y fasse bon et que la maman, puisse, tout en cuisinant, surveiller le soir les devoirs de ses enfants. Cette pièce, appelée vivoir, est très bien évoquée par Maria-Augusta Trapp dans son ouvrage retraçant la vie de sa famille.
C’est dans ce vivoir, que nous mettrons la couronne de l’Avent, cette couronne de branches de sapin à quatre chandelles, une pour chaque dimanche de l’Avent. « Ce soir, la famille s’assemblera sous la couronne. Votre père lira l’Évangile du premier dimanche de l’Avent. Puis il allumera une bougie, et toute la famille chantera des chants de l’Avent et des cantiques de Noël… » Le vivoir est la pièce à vivre de toute la famille.
Les croix de porte
La tradition des croix à l’entrée des maisons
Ces croix, le plus souvent accrochées sur l’extérieur de la porte, rappellent le sacrifice rédempteur de notre Sauveur. Elles sont un sacramentel qui préserve du démon ou autre malfaisant de grand chemin. À ne pas confondre avec la croix peinte en rouge, parfois accompagnée d’une mention comme « Seigneur, aie pitié de nous », qui signalait naguère une maison infectée par la peste.
De toute nature, elles sont le plus souvent de bois ou de métal. Si Jésus est représenté ou gravé dessus, on parle alors de « crucifix ». Elles sont parfois accompagnées du monogramme IHS (ou encore JHS, IHC ou JHC) : abréviation signifiant Iesus Hominum Salvator, soit Jésus Sauveur des Hommes.
Les croix particulières de la Saint-Jean
Si vous passez dans le Sud-Ouest, vous serez peut-être surpris de découvrir des croix de fleurs accrochées aux entrées des maisons ou aux portes des granges. La croyance populaire veut que ces croix protègent durant l’année des maladies, sortilèges et autres fléaux. Elles barrent la route aux broushes ou sorcières, particulièrement actives la nuit de la Saint-Jean.
Confectionnées la veille de la Saint-Jean-Baptiste, elles sont installées à l’extérieur de la porte le 24 juin, jour du solstice d’été et journée la plus longue de l’année. Avant de poser la nouvelle croix, l’ancienne est déposée pour être brûlée dans le feu de la Saint-Jean. Ce rite, d’origine païenne, a été récupéré par l’Église pour devenir une tradition religieuse comportant bénédiction des croix et messe dédiée.
Ces croix sont constituées sur une base de branches ou directement en tressant les tiges. La composition florale se fait à partir de fleurs naturelles aux vertus médicinales. Elle varie d’un lieu à l’autre selon les opportunités de Dame Nature. La collecte de ces fleurs des champs se fait normalement, si l’on veut respecter le rituel, à l’aube, pieds nus et vêtu de blanc ! Les essences les plus couramment employées sont :
- Le seigle, remplacé plus tard par le blé, qui symbolise l’abondance de la terre ;
- L’achillée mille-feuille, dont la couleur blanche est signe de pureté, aide à la digestion et régule les cycles ;
- Le fenouil a les mêmes vertus que la fleur précédente, il aide encore à la lactation ou à réduire les inflammations chroniques. Il est le grand protecteur contre les mauvais sorts ;
- Le millepertuis, jaune lui aussi, est efficace contre les brûlures selon une médecine des signatures très présente parmi les végétaux (ou selon laquelle l’apparence révèle la vertu) : feu contre feu !
Dans les Landes, on utilise parfois la moelle de jonc. La bruyère est paraît-il à éviter car elle peut attirer les sorcières et les mauvais sorts !
