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Le cercle de lecture

Quel que soit notre âge, le cercle de lecture est un excellent moyen de lire, de se cultiver, de se détendre et de partager ses impressions avec sa famille ou ses amis. Voici deux témoignages de mères de famille nombreuse, l’un sur les cercles René Bazin avec « lecture dirigée » mais effet de surprise garanti et le deuxième sur un cercle de lecture féminin plus informel où ces « femmes savantes » viennent exposer leur « chasse au trésor » à leurs amies autour d’une tasse de café. À chacun sa formule, le principal étant de lire !

Les cercles René Bazin

Qui ne connait la saveur particulière d’entamer la lecture d’un nouveau livre ? Cela débute habituellement par une « chasse au trésor » dans la bibliothèque familiale ou à la librairie du coin ; on hésite ou bien on se jette dessus aussitôt qu’on le découvre pour le porter en triomphe comme un trophée bien mérité. Avec impatience on prend le soin de bien s’installer avant d’en soulever solennellement la couverture, puis l’on parcourt rapidement la préface, pour enfin se plonger dans le vif du sujet ! Cela pourrait s’apparenter à une gourmandise de l’esprit. Si le livre est bon, intéressant, bien écrit : on s’impatiente, on déguste, on termine à regret… on se souvient !

Et si je vous disais que je ne choisis aucun des vingt-deux livres qui me sont offerts à la lecture en une année ? Que je me prive de l’effet « chasse au trésor » au profit de « l’effet de surprise » ? Que pour le prix de deux livres j’ai la possibilité d’en lire onze fois plus ? Et que chacun de ces livres a été soigneusement sélectionné pour que tous les membres de la famille de plus de quinze ans environ puissent les lire ? Oui, je suis lectrice du cercle René Bazin !

Ce cercle de lecture a été fondé par une mère de famille passionnée, Marie du Tertre, en l’année 2000, pour non seulement encourager les familles à la lecture, mais aussi les aider à sélectionner de bonnes lectures, voire dénicher de vrais trésors, quitte à faire rééditer de bons ouvrages aujourd’hui disparus !

Je crois bien en faire partie depuis 2007… Affirmer que j’ai lu chacun des deux livres proposés chaque mois depuis toutes ces années serait un mensonge, mais il est certain que je les ai tous compulsés avec curiosité, conservant même précieusement les listes annuelles des livres proposés à la lecture pour des idées de cadeaux par exemple, ou d’achats selon les sujets ou besoins. Au moins ai-je la certitude d’y trouver des ouvrages écrits dans un esprit que je recherche. Les thèmes de ces lectures sont variés : historiques, religieux, littéraires, sujets de société… et j’avoue m’être bien souvent régalée de livres que je n’aurais jamais eu l’idée de lire par moi-même ! Ces découvertes sont très enthousiasmantes et permettent de réfléchir, de se cultiver et de se former sans en avoir l’air. Parfois même certains livres paraissent un peu sérieux et plus difficiles à lire… Cela rebute, et puis une fois dedans on le dévore avec appétit, bien récompensé de l’effort fourni au départ. Ainsi passe-t-on de délicieux moments en compagnie du Grand Condé, des Suisses au service de la France, aussi bien qu’avec François Casta aumônier parachutiste, saint Salomon Le Clerc, Notre-Dame de Compassion, en passant par la cour de Russie, le jardinier de Louis XIV ; s’informant de sujets comme la méthode Vittoz, le don d’organes, le burn out… ou même étudiant les styles de l’architecture ou du mobilier… La variété des ouvrages est très enrichissante et sans effort de recherche pour le lecteur. Je vous ferais même un aveu : lorsque mon mari me voit passionnée par mes lectures… il s’informe du sujet, nous en discutons… et bien souvent le livre finit entre ses mains !

Bien sûr que ce moyen de lecture ne m’empêche pas, par ailleurs, de choisir moi-même quelques livres tentants ou à mon goût du moment. L’essentiel étant de s’évader un peu, de prendre un peu de repos en compagnie d’une bonne lecture qui livre ses secrets d’instruction, ou bien élève l’âme ou le cœur au point de vous faire « grandir », progresser, donner des ailes dans le devoir d’état, l’éducation des enfants… La lecture repose infiniment mieux que les écrans, cela est clairement prouvé. Elle est une nourriture de l’esprit qui peut vraiment rejaillir sur l’âme. Vous donnerais-je un conseil ? Que vos enfants vous voient avec des livres entre les mains, qu’ils vous voient vous passionner de vos lectures, qu’ils vous entendent en discuter à table en famille !

S. de L.

Les femmes savantes ou le cercle de lecture féminin

Si Pascal se méfiait des buveurs d’eau, il me semble que l’on pourrait étendre cette maxime aux gens qui ne lisent jamais. Reconnaissons que notre siècle, saturé d’images et de bruit, conspire à nous détourner de cette enrichissante distraction. Le livre neuf est un objet cher, les montagnes de livres présentées dans les librairies ont quelque chose d’angoissant, la bibliothèque municipale oblige à un déplacement. Que dire du drame du téléphone capable d’occuper nos cerveaux durant de longues heures de vide ? Je préconise pour remédier à cela de faire appel à une solution éprouvée : le cercle de lecture féminin. Constituez un groupe informel, le seul critère d’élection sera le goût de lire. Il faut également que la formule soit souple, pas de livre imposé ! Chacune présentera les ouvrages qu’elle se propose de partager. Il s’agira, entre deux tasses de café et quelques croissants, de défendre son choix. C’est un excellent exercice de synthèse et les plus timides y gagneront en éloquence. Il faut que l’offre foisonne. Une bonne controverse autour d’un ouvrage réveillera votre esprit critique ou votre mauvaise foi. Je gage que vous repartirez avec un livre. Peut-être n’en lirez-vous que deux chapitres et vous n’aurez plus qu’à expliquer pourquoi il vous est tombé des mains ! Il peut vous arriver de lire avec passion un livre que d’autres trouvent stupide. Et alors ? Vous aurez échappé pendant un temps à la crétinisation par les écrans, vous aurez mis de côté vos soucis. Certaines fois encore, prise de court et n’ayant rien à préconiser, une dame présentera un livre lu par son mari. Le cercle ainsi s’élargit et s’enrichit. Enfin, si l’on considère que l’on est ce qu’on lit, vous constituerez un cercle d’amitiés parfois inattendues et surtout profondes car débarrassées d’un masque mondain.

M.D.

Lire nourrit l'âme

«La lecture d’un beau livre est un dialogue incessant où le livre parle et où votre âme répond» (André Maurois). Tous, nous avons en tête un titre ou le nom d’un auteur qui a marqué notre enfance ou notre adolescence. C’est dire l’importance de cette activité !

Depuis toujours, on remarque trois sortes de lecteurs : ceux qui «dévorent», ceux pour lesquels lire est une véritable punition et ceux qui lisent peu mais savourent leur lecture et s’en imprègnent. Aux premiers, on ne sait plus quel titre donner, aux seconds on ne sait pas quel titre donner et aux derniers on ne prend pas suffisamment garde au titre à donner… La lecture de nos enfants est donc une véritable préoccupation pour les parents.

L’importance de la lecture

La formation de l’enfant est réalisée en premier lieu au cœur de la famille ; mais pour parvenir à développer à la fois, âme, cœur et intelligence, la lecture reste l’outil privilégié.

Les ouvrages, quels qu’ils soient, doivent transmettre le sens du beau et du bien. On prendra garde au choix des mots employés, à la structure des phrases qui donneront à l’enfant l’habitude d’un vocabulaire riche, d’une syntaxe rigoureuse et d’une certaine logique dans le développement du récit. Naturellement, ce beau doit s’ancrer dans le réel. Cette formation, permettant à l’enfant d’avoir une « tête bien rangée », structurera son mode de pensée et l’aidera à développer une auto-défense contre toutes les informations qu’il rencontrera au fil des ans.

La lecture est aussi le moyen privilégié de léguer l’héritage de notre culture, notre Histoire et notre patrimoine ; c’est une part de notre identité française chrétienne, elle est « passeuse » de nos racines. Les livres lus dès la petite enfance avec leurs illustrations marqueront à jamais les esprits et participeront au développement de l’imaginaire ; insistons en particulier sur les images qui devraient embellir les albums dès le plus jeune âge et qui hélas bien souvent sont mièvres, naïves et sans caractère.

Enfin, la lecture offre une saine occupation relativement peu coûteuse quand on sait que les livres seront utilisés par les enfants de toute une famille, voire par les générations futures ! Elle apporte un équilibre et propose un moyen de lutte non négligeable contre les écrans. Les parents apprendront ainsi à leurs enfants à lutter contre la facilité de l’immédiateté offerte par les écrans qui menacent, ô combien, en ce temps de ChatGPT, la réalité historique et la rigueur qu’apporte la vérité. Que la lecture soit devenue une passion ou qu’elle soit un devoir ardu, une sélection rigoureuse reste un des devoirs essentiels des éducateurs afin qu’elle profite au lecteur et ne lui nuise pas.

Faut-il vraiment se préoccuper de ce qu’ils lisent ?

Certains lecteurs absorbent les livres comme des éponges et leur cœur reste marqué par leur lecture, d’autres lisent beaucoup sans rien retenir mais méfions-nous de ce qui restera imprimé dans leur cerveau ; d’autres encore, filtrent et ne retiennent que ce qui les intéresse. Dans tous les cas, on peut penser qu’aucune lecture ne laisse insensible.

À la maman qui me faisait la réflexion suivante : « Déjà ils ne lisent pas beaucoup mais si en plus il faut faire attention à ce qu’ils lisent... ! », je réponds :« Aujourd’hui plus que jamais ! »

En effet, la littérature est un moyen privilégié pour entrer dans l’âme des enfants. Leurs intelligences, leurs sens sont encore très influençables et une formation religieuse, littéraire et même philosophique est nécessaire pour être à même de découvrir comment, sous une apparence inoffensive, toutes les philosophies à la mode y sont présentées… La place manque ici pour développer tous ces aspects !

N’oublions jamais qu’un mauvais livre peut être aussi nocif, voire davantage qu’un mauvais ami ! Combien d’âmes ont été blessées, voire déboussolées à tout jamais par un livre ? Qu’il soit d’ailleurs nuisible en soi ou simplement lu au mauvais moment ! Prenons absolument soin de ne pas laisser la bibliothèque à la portée de tous ! Camus, Baudelaire et tous ces auteurs étudiés dans les grandes classes ne doivent pas être lus par des « dévoreurs » de livres...

Donner le bon livre au bon moment

Choisir un livre pour son enfant est un acte que l’on ne peut pas faire dans la précipitation. Le livre sert d’outil au lecteur pour grandir, se confronter à son idéal, se rassurer ; il aide à passer des étapes de sa maturité ; il marque l’imaginaire. Pour qu’il poursuive sa lecture, il faut que le lecteur ait été séduit, sinon il ne persévérera pas… Il vous faut donc trouver pour chacun le héros dont il a besoin, l’idéal auquel il aspire, l’éveilleur d’une passion qu’il va développer… Pensez que votre enfant « rentrera dans le livre », il va donc vivre « avec » ou « à la place de »… Il ouvrira sa conscience et deviendra donc vulnérable… Pas question alors de laisser les autres, les amis, les voisins choisir à votre place, ni de le laisser sans guide !

N’oublions pas de profiter de cette éducation à la lecture pour apprendre à nos enfants à garder l’équilibre, dans l’art de lire comme dans toutes choses. Ne leur faisons pas un cerveau de papier ; ne les laissons pas s’enfermer dans leur livre toute la journée et enseignons-leur à n’y consacrer que le temps raisonnable sans négliger d’autres activités.

Il est donc capital pour l’avenir de notre civilisation que nos enfants aiment lire des livres qui portent vers le beau, le bon et le vrai. Les lectures doivent être choisies par des parents ou des éducateurs expérimentés qui connaissent l’enfant et qui aient le bon éclairage sur les livres. Cela demande donc compétence, psychologie, temps et savoir-faire. Et s’il faut leur donner le livre approprié au bon moment encore faut-il que le lecteur ait le goût de lire et de bien lire ! Le sujet est donc vaste et sa complexité n’est qu’entrevue dans ces lignes.

Afin de vous aider dans un des aspects de ce travail, vous trouverez ci-après une présentation de la revue Plaisir de Lire, fille de « La Cité catholique », qui, depuis 1966, sélectionne chaque trimestre une quarantaine de nouveautés dans les éditions grand public ou plus discrètes. Elle présente en quelques lignes l’intérêt du livre, ses défauts ou ses qualités et conseille un âge de lecture. France Beaucoudray, décédée en 2016, a formé une équipe qui travaille toujours selon sa méthode. L’expérience de cette revue en la matière n’est plus à prouver ! J’en veux pour preuve la fidélité de ses abonnés et sa vitalité qui ne tient que du bouche à oreille.

Plaisir de Lire permet de réaliser une bibliothèque de livres qui sont des amis sûrs et que vous aurez choisis en connaissance de cause. De plus, elle offre une petite note de bonheur au milieu d’un monde triste : oui, il existe encore de bons livres qui sortent aujourd’hui ! Nous ne sommes pas réduits à nourrir l’esprit de nos enfants uniquement par d’anciens ouvrages qui, l’air de rien, pourraient faire dire à certains : « Il n’y a que l’ancien qui est bien » et à d’autres : « Vous rejetez toutes les nouveautés ». Pour nourrir les esprits et susciter l’envie de lire, cette revue propose aussi dans chaque numéro quelques articles littéraires ou contes à raconter aux enfants.

Marie de l'Aubier
Directrice de la revue Plaisir de Lire
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