On trouve une abondante littérature sur le rôle des mères dans la vocation de leurs enfants, au risque d’oublier parfois celui des pères. Dans la biographie1 qu’il a consacré au père Roger-Thomas Calmel, le père Jean-Dominique Fabre a écrit de très belles pages sur Mathieu, paysan dans le Lot-et-Garonne, père du futur prédicateur, soulignant son amour du foyer et son âme d’artiste, son acharnement au labeur en même temps que sa magnanimité et sa vie de prière.
Nous reproduisonsci-dessous un extrait du livre du père Jean-Dominique qui résume à lui tout seul le rôle magnifique de la paternité :
« Il se dégage des témoignages relatifs à Mathieu Calmel (père de Roger) et de sa correspondance, l’image d’un chrétien aux vertus solides et à la foi simple. Il avait certes ses rudesses et ses combats, mais il était un travailleur acharné et résigné, un cœur prodigue et miséricordieux, un homme où la nature et la grâce ne forment qu’une vie au service de Dieu et du prochain. Deux expressions nous semblent résumer le message de l’agriculteur à son fils, message exprimé par la parole et par l’écrit mais surtout par la vie de tous les jours :
Travaille, prie, aime toujours beaucoup, beaucoup, les petits et les humbles .
Je suis très sincèrement heureux de ton calme au travail. C’est ce qu’il faut. J’ai l’expérience : calme, patience, persévérance, ténacité, confiance absolue en Dieu .
C’est le résumé d’une vie. C’est le langage d’un père profondément catholique.
Telle fut l’école dans laquelle Roger Calmel reçut les premiers rudiments de la vie chrétienne. Et cette image du père, sa parole de sagesse, son amour de la terre et sa foi intensément vécue marquèrent pour toujours l’âme du futur prédicateur. Car la vraie paternité n’est pas seulement celle du corps. C’est celle de la vertu et de la foi, celle de l’équilibre et de la persévérance, celle de l’audace face au danger et celle de la générosité. De plus, on sent passer dans les lettres de M. Calmel à son fils, la joie et la fierté de retrouver dans ce dernier, décuplées par la grâce de la vocation, les joies et les pensées les plus profondes de son âme. Suite à une lettre « si claire et si lumineuse » de son fils, le père répond non sans émotion : « Elle me console, m’encourage, me fait du bien. Ce sont les mêmes idées que les miennes. Ton cœur bat comme le mien. »
Les conseils et les bons exemples qu’il avait prodigués portaient déjà de beaux fruits, et il connaissait déjà la joie toute paternelle de se savoir dépassé par celui qu’il avait élevé au prix de tant de souffrances. »
1. Père Jean-Dominique Fabre, Le père Roger-Thomas Calmel, un fils de saint Dominique au XXe siècle, Clovis 2015.
2. Ibid. page 22.
3. Lettre de Mathieu Calmel à son fils, Gagnol, 11 janvier 1933.
4. Lettre de Mathieu Calmel à son fils, Gagnol, 14 février 1934.
5. Lettre de Mathieu Calmel à son fils, Gagnol, 15 janvier 1936.