Donner un enfant à Dieu et se donner à son enfant

Le rôle des parents ne s’arrête pas à l’entrée du séminaire ou du couvent. À l’instar des autres enfants, il est appelé à se poursuivre sous une autre forme tout au long de la vie. Nous revenons dans cet article sur le rôle de maman Marguerite, mère de Don Bosco, complété par des témoignages de parents.

L’exemple de maman Marguerite, mère de Don Bosco

La relation entre Don Bosco et sa mère, maman Marguerite, est sans doute l’une des plus émouvantes qui soit. On y retrouve bien sûr, à l’instar de nombre de vocations, l’influence déterminante de la mère, notamment la dévotion à la Passion du Christ et à la Sainte Vierge, mais aussi une grande pureté d’intention doublée d’un abandon total, ce qui est plus rare. Consentir à une vocation est une chose, se donner à celui qui s’est donné est encore plus admirable.

À une époque où la vocation peut aussi être synonyme de carrière ecclésiastique et d’enrichissement, maman Marguerite met en garde son fils à la veille de sa rentrée au séminaire : « Mon enfant tu as revêtu l’habit du prêtre mais souviens-toi que ce n’est pas le vêtement qui fait le prêtre : c’est la vertu. Si tu devais un jour déshonorer ce vêtement, par charité, quitte-le ; mieux vaut cent fois demeurer un pauvre paysan que de vivre en prêtre négligent et oublieux de ses devoirs. » Et le jour de son ordination de rajouter : « Je ne désire et n’attends rien de toi. Je suis née pauvre, j’ai vécu et je veux mourir pauvre. En te faisant prêtre, si tu devais être riche, sache-le bien, je ne te verrais plus, je ne mettrais pas les pieds dans ta maison. »

Cette pauvreté, maman Marguerite la pratiquera jusqu’au bout de sa vie. Elle ne s’est pas contentée de donner un fils à Dieu. Elle s’est elle-même donnée à son fils, quittant sa maison des Becchi et vendant les quelque biens dont elle disposait pour suivre son fils au Valdocco et le soutenir dans les tâches matérielles inhérentes à l’accueil des jeunes de la banlieue de Turin.

Au bout de quatre années, prise de découragement et de nostalgie, elle pénètre dans la chambre de son fils : « Écoute-moi, Jean, il n’est plus possible de continuer ainsi. Chaque jour les garçons me font un coup. Parfois, ils jettent par terre mon linge propre qui repose au soleil, parfois ils piétinent mes légumes dans le jardin. Ils déchirent mes vêtements de telle sorte qu’il n’y a plus moyen de les rapiécer. Ils perdent les chaussettes et les chemises. Ils emportent les outils de la maison pour s’amuser et me font marcher toute la journée pour les retrouver. Moi, au milieu de cette confusion, je perds la tête, vois ! Je suis sur le point de retourner aux Becchi ».

Don Bosco, silencieux, fixe le visage de sa mère et lui montre du regard le crucifix accroché au mur. Maman Marguerite comprend et les yeux emplis de larmes s’exclame : « Tu as raison, tu as raison ! » avant de retourner à ses humbles tâches et ce jusqu’à sa mort.

Cette vie de pauvreté et de sacrifices n’est pas sans rappeler celle d’une autre Marguerite, la mère de Joseph Sarto, le futur pape saint Pie X, qui perdit sa mère lorsqu’il accéda au cardinalat et fit graver sur sa tombe : « Avec un courage viril, elle éleva chrétiennement ses neuf enfants. Le 2 février 1894 dans sa 81e année, elle couronna par la mort du juste une vie de travail et de sacrifice. »

Le nécessaire soutien des parents à leurs enfants prêtres ou religieux

Si tous les parents ne sont pas appelés à vendre leurs biens et à suivre leurs enfants devenus prêtre ou religieux, ils sont appelés à les soutenir moralement, matériellement, intellectuellement et spirituellement et à faire preuve d’une disponibilité emplie de tact, de discrétion et de délicatesse.

Une maman nous confiait :

« Le rôle des parents ne s’achève pas à l’ordination ou aux vœux religieux de leurs enfants. Une deuxième étape est celle de la persévérance de la vocation qui doit être demandée. Nous avons donc eu à cœur de prier, d’entendre la messe et d’offrir des communions à cette intention. En tant que mère de prêtres et de religieux, mon rôle visible est surtout resté dans des détails de vie quotidienne, cuisine, lessive, couture, santé, organisation de séjours en famille…

La maman s’efface pour laisser ses enfants à leur devoir comme pour ceux qui sont mariés. Elle n’intervient pas directement dans l’apostolat. C’est plus par l’exemple d’une vie authentiquement chrétienne qu’elle exerce une influence sur eux, c’est un repère qui les soutient dans leur apostolat. Cette discrétion est d’autant plus aisée si les parents sont éloignés de leurs enfants et en conséquence connaissent peu les paroissiens.

Bien sûr, je ne me suis pas désintéressée de leur vie religieuse. Nous visitons les uns et les autres et nous recevons à la maison ceux qui sont mobiles quand cela est possible. Pour les religieux bénédictins et capucin, j’ai essayé de maintenir un courrier par mois car ils ne communiquent pas par d’autres moyens et il est important de conserver un lien avec la famille entre les visites. Si les membres de la famille sont éloignés de corps, nous vivons tous unis en communion d’âmes, particulièrement au cours des messes que nous entendons et des offices que nous récitons. »

Pour conclure, ajoutons que ce soutien va de pair avec une plus grande exigence dans la vie spirituelle. « Nous essayons d’être à la hauteur de nos enfants religieux » nous confiait un père de famille et un autre nous faisait part de son souci de conserver « une grande disponibilité pour répondre à leurs questions, pour la relecture d’articles ou pour une aide matérielle » et d’être attentif « pour ressentir les moments où nos prêtres ont besoin de notre soutien moral ainsi qu’à détecter leurs tentations d’activisme ou au contraire, d’isolement qui sont néfastes au plan spirituel. »

  • Parents de prêtres, religieux et religieuses